
Depuis le IVe s., et à cause de St Jean Chrysostome, le mot Bible, de Byblos (qui contrôlait le commerce du papyrus égyptien), signifiant « cœur de papyrus » et par extension livre, désigne uniquement les Saintes Écritures.
Croyance en l'inspiration biblique.
L'Église catholique croit la Bible inspirée par Dieu.
Canon biblique.
Le mot grec kanôn (règlement) désigne la liste des textes bibliques reconnus officiellement comme inspirés. Les orthodoxes ont le même que les catholiques. Les protestants reconnaissent les 24 livres de la Bible hébraïque et les livres protocanoniques du Nouveau Testament ; ils appellent « apocryphes » les livres deutérocanoniques qu'ils publient parfois en annexe dans leurs éditions.
Ancien Testament
[la Bible parlait de b e rît (pacte, alliance) en hébreu traduit en grec diathéké (disposition) signifiant 1o) convention,
2o) testament, et traduit du grec en latin par testamentum].
Fixation du canon :
comprend la Bible judaïque dans son édition grecque des Septante : 1re PARTIE : 39 livres hébraïques (formant le 1er groupe de canons) : Loi 5 ; Prophètes 17 ; Hagiographes 17 ; 2e PARTIE : 7 livres grecs (2e groupe de canons) : Hagiographes 5 ; Histoire 2 (les Maccabées). Ce classement est légèrement différent de celui que fait le judaïsme (voir p. 690 b).
Vulgate (de vulgatus, populaire, d'usage généralisé) : traduction latine faite par St Jérôme entre 391 et 405 à partir de l'original hébreu ; déclarée « authentique » par le concile de Trente en 1546, texte fixé par Sixte Quint en 1590, déclaré intouchable (ne varietur) mais amendé sous Clément VIII ; une nouvelle traduction a été promulguée par Jean-Paul II le 25-4-1979. Au IIIe s. on discuta des livres de l'Ancien Testament que l'on devait considérer comme canoniques. Origène exclut les livres grecs, tandis que certains auteurs ajoutèrent des apocryphes, comme le livre d'Hénoch, l'Ascension d'Isaïe, le IVe livre d'Esdras.
Rôle dans la religion chrétienne :
1o) autorité reconnue : PAR JÉSUS : la divinité de sa mission était prouvée par 2 « témoignages » :
a) son don des miracles (témoignage du Père) ;
b) le témoignage de l'Écriture (3 textes invoqués : lois de Moïse, Prophètes, Psaumes) ;
PAR LE CREDO :
la résurrection de Jésus a eu lieu « conformément aux Écritures » (secundum scripturas).
2o) Prophéties dites « messianiques » (voir ci-après).
3o) Enseignement de la morale (voir Décalogue, p. 625 a).
4o) Grandes vérités des récits bibliques (voir Judaïsme, p. 687 b). Le 30-6-1909, le pape Pie X affirmait le caractère « historique » des faits relatés par la Genèse. En 1948, dans une lettre au cardinal Suhard, archevêque de Paris, puis en 1950, dans l'encyclique Humani generis, Pie XII a autorisé les chercheurs catholiques à prendre les récits de la Genèse, notamment celui de la création d'Adam et d'Ève, dans un sens très large pouvant se concilier avec la théorie de la multiplicité des 1ers couples humains (à l'époque, la seule scientifiquement valable ; théorie de nouveau écartée).
Controverse avec le judaïsme :
l'Église catholique entend (depuis St Paul) démontrer que les grands dogmes chrétiens (incarnation, venue du Fils de Dieu sur Terre, salut par le baptême, etc.) sont annoncés par l'Ancien Testament : Jésus est préfiguré par 2 personnages bibliques différents dont il a fait la synthèse : le Messie (roi glorieux, de l'hébreu mashiah « oint ») et le Juste souffrant (homme de douleur) ;
Marie est préfigurée par la Zéra (descendance d'Ève) ;
l'Église est le Royaume restauré, etc.
Le judaïsme conteste ces interprétations. Il n'admet pas que Jésus ait réalisé les espérances juives (au contraire, Jérusalem a été détruite et le peuple hébreu dispersé 40 ans après sa mort). Actuellement, l'Église insiste sur le sens religieux des promesses de l'Ancien Testament : salut de l'âme, pardon des péchés qui se réalisent dans le christianisme.
Nouveau Testament.
Définition : ensemble des textes sacrés postérieurs à la venue de Jésus au monde. Pour les Églises chrétiennes, comme pour l'islam, ils font partie de la Bible au même titre que les livres de l'Ancien Testament. Pour le judaïsme, au contraire, ils ne sont ni inspirés, ni sacrés, ni divins.
Fixation du canon.
Sont déclarés canoniques :
1o) 20 livres protocanoniques (c.-à-d. formant le 1er § du canon) :
les 4 ÉVANGILES (du grec : bonne nouvelle) :
1o) selon St Matthieu (apôtre, voir p. 620 b) écrit en Palestine vers 80-90 (contient le Sermon sur la Montagne : résumé de la morale chrétienne) ;
2o) selon St Marc [est à Rome vers 60-65 avec St Paul et St Pierre, aurait fondé l'Église d'Alexandrie (Égypte) où il serait mort ; reliques honorées à Venise (dont il est le patron) depuis le IXe s.] écrit vers 65-70 ;
3o) selon St Luc (né à Antioche, médecin, accompagne St Paul à Rome où il compose le 3e Évangile et les Actes des Apôtres, † à Thèbes en Béotie à 84 ans ?) vers 80 ou plus tard ; squelette sans tête à Padoue, crâne à Prague (donné 1354 à l'empereur Charles IV) ;
4o) selon St Jean (apôtre, voir p. 600 c) écrit vers 60 ou 90, publié entre 90 et 100. John Robinson souligne qu'aucun ne parle de la prise de Jérusalem ni de la ruine du Temple en 70 ; pour le Pr Carsten Thiede, Allemand spécialiste en papyrus anciens, directeur de l'Institut de recherche fondamentale épistémologique à Paderborn, le 1er serait des années 50. On a longtemps admis qu'ils avaient été écrits à l'origine en araméen (et retraduits en grec) ; or il semblerait qu'ils aient été écrits en hébreu : certains passages évangéliques (Matthieu, les 2 premiers chapitres de Luc sauf le recouvrement au Temple, Marc) se traduisent en hébreu presque au mot à mot.
Les ACTES DES APÔTRES (récit de St Luc sur les activités de l'Église primitive).
15 ÉPÎTRES : I de St Pierre, I de St Jean et 13 de St Paul [adressées entre 50 et 58 aux 1res communautés converties ; réparties traditionnellement en 3 groupes :
a) grandes épîtres dogmatiques (Romains, I et II Corinthiens, Galates, I et II Thessaloniciens) ;
b) épîtres de la Captivité (Philémon et les 3 épîtres « christologiques » : Éphésiens, Philippiens, Colossiens) ;
c) épîtres pastorales (I et II Timothée, Tite)].
2o) 7 livres deutérocanoniques [appelés jusqu'au XVIe s. « discutés » (épithète forgée par le dominicain Sixte de Sienne)] :
6 ÉPÎTRES [Hébreux (inspirée par St Paul) ; St Jacques ; II de St Pierre ; II et III de St Jean ; St Jude] et l'APOCALYPSE [révélations sur Jésus (voir p. 600 a) - symbole des « 4 Cavaliers » :
le 1er : la conquête, sur un cheval blanc, avec un arc et une couronne,
le 2e : la guerre, cheval couleur de feu, a une grande épée,
le 3e : la famine, cheval noir, tient une balance,
le 4e : la mort, cheval vert jaune ; - symbole des « 4 animaux » (avec anges adorateurs se tenant autour du trône) :
le 1er ressemble à un lion,
le 2e à un taureau,
le 3e à un homme,
le 4e à un aigle].
Du IIIe s. jusqu'au décret du pape Gélase (492-496), par suite de la parution d'apocryphes et des attaques d'hérétiques comme Marcion, on hésita pour le Nouveau Testament (par exemple, sur la canonicité de l'Apocalypse).
SYMBOLES DES ÉVANGÉLISTES
Tirés de l'Apocalypse de St Jean (IV,6-7) qui reprend un passage de l'Ancien Testament, la Vision d'Ézéchiel (I,5,13,14). Le trône céleste (trône de l'Agneau pour St Jean) est entouré de 4 êtres surnaturels, dans lesquels l'Église primitive a vu les symboles des 4 évangélistes que St Jérôme et St Augustin ont ainsi répartis :
1o) le lion : Marc (son Évangile commence par des scènes au désert) ;
2o) le taureau : Luc (parle du prêtre Zacharie, membre de la tribu de Lévi dont le symbole est le taureau) ;
3o) l'aigle : Jean (le prologue de son Évangile s'élève à des hauteurs vertigineuses) ;
4o) l'homme : Matthieu (donne la généalogie humaine du Christ).
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Apocryphes (livres non canoniques) :
ÉVANGILES :
1o) fragmentaires : papyrus divers (Fayoum, Egerton, Oxyrhynchos, etc.) ; Évangiles judéo-chrétiens ; des Égyptiens ; de Pierre ; des chefs de sectes (Basilide, Marcion).
2o) Entiers : cycle de la parenté de Jésus (protévangile de Jacques, Dormition de la Mère de Dieu) ; cycle de l'Enfance (récits de Thomas, évangile arabe) ; cycle de Pilate.
ACTES :
1o) anciens : de Jean (av. 50, d'après une étude du fragment 795 des manuscrits découverts à Qumrán), de Paul, de Pierre, d'André, de Thomas.
2o) Plus récents : à 2 personnages (Pierre et Paul, André et Mathias, Pierre et André, Paul et André) ; à 1 [Philippe, Barthélemy, Barnabé, Thaddée (avec la correspondance entre Jésus et Abgar)]. ÉPÎTRES : Paul (Alexandrins, Laodicéens, III Corinthiens) ; Lettre des Apôtres (Jérusalem, IIe s.). APOCALYPSES : Pierre, Paul, Thomas.
En 1945, à Nag Hammadi (Haute-Égypte), on a découvert des apocryphes du IIIes., notamment l'Évangile selon Thomas ou les « Paroles de Jésus » donnant des variantes.
Versions allemandes de la Bible.
1510-22 : Luther : traduction, condamnée en 1523 pour 1 400 erreurs de traduction et d'interprétation. La plus notable (corrigée dans les versions modernes) introduit un adjectif dans l'Épître aux Romains (III,28) : « L'homme est justifié sans les œuvres par la foi (seule). »
1735 : J.L. Schmidt : « rationaliste », inachevée, expliquait de façon naturelle tous les passages contenant du « merveilleux biblique ».
Versions françaises.
1523 : Jacques Lefèvre d'Étaples (Fr., vers 1450-1536) : mise à l'Index à cause de notes d'inspiration luthérienne.
1535 : Pierre Olivetan (Fr., vers 1506-38) : correction de la version de Lefèvre d'Étaples.
1555 : Sébastien Castalion (Fr., 1515-63) : adaptation familière et souvent triviale ; condamnée par protestants et catholiques.
1672-84 : Isaac Le Maistre de Sacy (Fr., 1613-84) : avec l'explication du sens littéral.
Éditions récentes :
traductions catholiques : révisions de la version de Sacy : abbé Jean-Nicolas Jager (1790-1868) ; abbé Louis-Claude Fillion (1898) ; Antoine Eugène Genou, alias Genoude (1792-1849) ; les abbés J.-J. Bourassé et P.-D. Janvier (1865) ; surtout Jean-Baptiste Glaire (Nouveau Testament 1861, Bible complète 1871-73, surnommée Bible du pape) ; abbé Antoine Arnaud (1827-1920), version parue en 1881 ; Bible bilingue (Vulgate latine et texte français, 1889) ; enfin Bible française destinée aux catholiques, 1904, directement traduite des textes originaux hébreux, araméens et grecs, par le chanoine Augustin-Joseph Crampon (1826-1894).
Traductions protestantes :
la plupart révisions de la version d'Ostervald : Lausanne (1822) ; J. Matter (1842-49) ; Sté biblique de France (1881) ; Version synodale (1893-1910) ; version de Lausanne (1839-72) ; Bible de Darby (1859-85) par John Nelson Darby (1800-82) aidé du Mulhousien Schlumberger ; Ancien Testament par le pasteur H.-A. Perret-Gentil (1866), en 1879 d'Édouard Reuss (1804-91), N. T. par Hugues Oltramare sous les auspices de la Compagnie des Pasteurs de Genève (1872), A. T. par Louis Segond (1810-85), parue 1874 et jointe au N. T. d'Oltramare ; N. T. de Segond (1880), associé à son A. T. forme la Bible d'Oxford, révisée par Daniel Lortsch (1855-1916) ; Bible du Centenaire, de la Sté biblique de Paris pour ses 100 ans (1818-1918), sous la direction d'Adolphe Lods, publication achevée en 1949.
Traductions juives :
Samuel Cahen (1796-1862), textes français et massorétique de la Bible hébraïque, 1831-51 ; Bible du rabbinat (1897), 2 tomes 1899 et 1905.
Versions françaises depuis 1943 :
Bible des bénédictins de Maredsous, Belgique (1948-50) ; Sainte Bible (1950) reprenant en partie la traduction-commentaire de Pirot puis d'Albert Clamer : révision du N. T. (1955-56) ; cardinaux Liénart et Léger, arch. de Montréal, joignent à l'A. T. de Pirot-Clamer le N. T. d'Osty : Bible dite « Liénart-Osty » (1956) ; Bible de Tamisier et Amiot (1950) ; Votre Bible, version modernisée (1972) ; Bible du chanoine E. Osty : N. T. (1949), Bible complète (1970-72) avec la collaboration de J. Trinquet ; En ce temps-là la Bible, dirigée par André Frossart, fascicules (1969-72) ; Bible de Jérusalem, initiative du père Th.-G. Chifflot (1908-64), qui décida le père Roland de Vaux (1903-71), directeur de l'École biblique et archéologique française des dominicains de Jérusalem, fascicules (1948-54), révisée 1973 puis 1998 ; révision de la version de Segond (1910) : N. T. (1962, édition Pains Poissons), Bible complète (1978, dite Bible à la Colombe) ; Bible de la Pléiade (1956-71) : A. T. dirigé par E. Dhorme, N. T. par Jean Grosjean ; Bible d'Alexandrie (1986), par Marguerite Harl, traduction du Pentateuque basée sur les Septante, version de l'A. T. pour spécialistes ; projet de traduction œcuménique (1961) du pasteur Morel, de Mulhouse, de l'abbé Starcky, orientaliste, de P. Chifflot, Éd. du Centre protestant de recherches et d'études de Villemétrie, et du Dr Olivier Béguin, de l'Alliance biblique universelle, en association avec l'Institut orthodoxe St-Serge, la traduction juive fut aussi prise en compte, recours aux exégètes juifs du Moyen Age : N. T. de la Traduction œcuménique de la Bible (Tob) en 1972, A. T. 1975 ; traduction protestante et catholique suscitée par l'Alliance biblique universelle : N. T. Bonnes Nouvelles aujourd'hui (1971), Bible en français courant (1982, complétée 1986) ; traductions d'André Chouraqui : L'Univers de la Bible, Paris-Turnhout (1982-85), commentaires juif, musulman et chrétien ; traductions d'Edmond Fleg et Henri Meschonnic ; Bible des Communautés chrétiennes (1994) de la Sté biblique internationale, on lui a reproché ses commentaires antijudaïques ; Bible, nouvelle traduction d'exégètes et écrivains français (Bayard, 2001) ; Bible expliquée (2004) de l'Alliance biblique universelle.
Versions provençales.
1o) 5 chapitres de St Jean, copiés à Limoges au XIIe s. (au British Museum).
2o) Vers 1250-80 : le Nouveau Testament, traduit à l'usage des cathares, dans l'Aude (Musée de Lyon, édité par Léon Clédat, 1888).
3o) Un raccourci de ce texte (l'Évangile de St Matthieu manque) à l'usage des vaudois (XIVe s. ; édité par Wollemberg 1868).
4o) Le Manuscrit de Jean de Chastel, évêque de Carcassonne († 1475), traduit sur la Vulgate.
Versions anglaises.
Bible de Matthew (1537) : proscrite par le Parlement, imprimée clandestinement à Paris en 1538, où elle est saisie sur ordre de la Sorbonne ; ses imprimeurs transportent les plombs à Londres où elle reçoit l'approbation anglicane.
Bible de Reims (1609-10) : catholique, mal écrite, ne peut s'imposer.
Bible du Roi (1611) : officielle anglicane, langue très pure ; non contestée par les catholiques.







