
Le bonheur est un thème à la mode. Il en est ainsi parce que malgré notre société d’abondance, beaucoup éprouvent un sentiment de manque.
Nous sommes en train de réaliser qu’il y a une différence de taille entre le bien-être et le bonheur. Il s’agit d’un effet paradoxal du capitalisme. Dans ce système, le consommateur idéal est devenu le célibataire libre de liens affectifs et qui peut se déplacer à la mesure des exigences de son travail. Il s’agit d’un individualiste forcené qui désire une indépendance financière et amoureuse. Mais cet être est-il heureux ? Le bonheur peut-il se concevoir sans rapport aux autres ? Le bien-être, certes, mais non pas le bonheur. Mon bien-être me veut individualiste. Et lorsque je suis individualiste, tous les autres risquent de déranger mon confort. Le bonheur, par contre, fait appel à l’ouverture, à la générosité, à l’altruisme.
Etre heureux du bonheur de l’autre
Prenez l’exemple du bonheur maternel. Il est complètement à l’opposé du bien-être individualiste. La mère est heureuse du bonheur de son enfant. Alors pour elle, toutes les peines ont valu la peine, pour ainsi dire. Cet amour représente la quintessence du soin amoureux, selon le philosophe espagnol Julio Marchado Salvador. Il pense même que les couples devraient s’en inspirer pour apprendre à mieux vivre ensemble. Ce sentiment intense enrichirait leur sexualité qui s’accompagnerait tout naturellement de tendresse et de caresses. Lorsqu’un être comprend que la satisfaction de tous ses besoins ne peut lui apporter qu’un confort temporaire où il manquera toujours quelque chose, il peut se tourner vers une conception du bonheur qui ne sépare pas le privé du public. En effet, le bonheur humain repose en grande partie sur le fait de participer au monde, d’avoir l’impression de faire sa part, de se sentir utile, d’aider à une transformation sociale ou d’être impliqué dans un mouvement qui promeut des valeurs essentielles. On peut même se demander s’il est un bonheur humain qui ne se préoccupe du bonheur des autres. Collectivement parlant, peut être bien que le bonheur en société n’est possible que lorsque celle-ci devient une société du soin et de l’attention à l’autre. Le malheur de nombreux individus, comme en témoigne la quantité croissante de personnes dépressives, ne viendrait-il pas de cette participation inconsciente au credo du chacun pour soi ?
Rien d’autre que le bonheur
J’entendais l’autre jour des jeunes raconter leur voyage dans un pays du tiers-monde. Ils avaient aidé à construire des maisons et à réparer le puits dans un village pauvre. Cette expérience les avait amenés à réaliser que de nombreuses personnes sur cette terre ne vivaient pas dans les conditions d’abondance qui sont les nôtres et que nous prenons souvent pour acquises. Le véritable salaire de ces jeunes, c’était d’avoir découvert la grande générosité du cœur et la chaleur des gens qu’ils avaient rencontrés. Ils avaient été impressionnés par la force morale de cette population démunie sur le plan matériel et qui pourtant vit avec le sourire. A tel point que plusieurs d’entre eux racontaient que le véritable choc culturel, ils l’avaient vécu au retour. Ils avaient retrouvé une société individualiste où chacun a peur que son petit bien-être soit dérangé par l’intrusion de quelqu’un d’autre alors qu’ils venaient de vivre exactement le contraire ! Ici, le bien-être ouaté, mais où les gens se cherchent. Là-bas, la chaleur de l’entraide dans un manque total de bien-être. Ces gens n’avaient rien, rien d’autre que le bonheur…







