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Publié le 20/01/2008 à 20:58
Par valentin

Maintenant que mon mémoire en cotutelle ULg-Institut Royal des Sciences Naturelles de Bruxelles se précise doucement, il est temps d’écrire un petit article sur le quoi et le pourquoi de ce sujet !

Mes promoteurs sont E. Poty (ULg, paléontologie des coraux dévono-carbonifères, zoo- et lithostratigraphie), et P. Godefroit (IRScNB, paléontologie des dinosaures et autres reptiles mésozoïques).


La région de Digne-les bains dans le sud de la France, située au pied des Alpes de Haute Provence abrite une grande réserve géologique, connue surtout pour ses sédiments jurassiques et crétacés hyper riches en ammonites.




Carte physique de la France. La région de Digne est dans le carré orange




Une dalle à ammonite


On peut y trouver des « dalles à ammonites » c'est-à-dire des surfaces de stratification qui sont de véritables cimetières comme on peut le faire voir sur la photo. Ceci dit, une grande majorité de la nappe de Digne a été soumise à une diagenèse tardive d’enfouissement, rendant nombreux fossiles utiles en biostratigraphie inutilisables.

Sommairement, la géologie de la région est assez complexe car tout à été perturbé suite à l’orogenèse alpine. On a donc une grande nappe de charriage, la « Nappe de Digne » qui repose sur du Néogène, ainsi qu’un grosse écaille, « l’écaille de Valvatoire » au niveau de la ville de Barles (Floquet et al., 2003 ; Guidon & Pairis, 1992). Les unités charriées vont du Trias à L’Oligocène. Toute la partie qui va m’intéresser est donc par-autochtone voire allochtone, le rejet n’est pas encore bien estimé, mais à ce certains endroits, il n’est que de 30km (Oublié de qui j’ai tiré ça, 2008). La nappe est très étendue au nord de Digne et prend une forme de cornet de vieux téléphone jusque la ville de Gap, au nord. Ca n’empêche que les coupes qu’on peut trouver dans le parc sont de premier choix et omniprésentes : disons un gros affleurement de plusieurs centaines de km², logique pour une réserve géologique me direz-vous.


Géologie made in Photoshop by Fischer 2008. Le Trias et Jurassique inf en eige-vert, Jurassique moyen-Oligocène en Bleu-vert et le Néogène en jaune, comme il se doit.

Et si Tertiaire de la réserve est bien connu pour ses restes de Siréniens, je vais m’intéresser à d’autres bestioles aquatiques un peu plus vieilles, les ichthyosaures. Les ichthyosaures sont des reptiles marins extrêmement adaptés à la vie sous-marine. Ils sont très différents des reptiles à plusieurs niveaux :

Les ichthyosaures (surtout les post-triassiques) ont une morphologie de dauphin : un museau allongé, un corps lisse et fusiforme, des ceintures (scapulaires et pelvienne) réduites, 6 nageoires (2 pectorales, 2 pelviennes, 1 dorsale et une caudale homocerque en forme de croissant de lune)

Ils ont des yeux très développés (les plus gros yeux en absolu et en relatif du monde animal)

Ils sont vivipares, ils donnent naissance à leurs petits directement, comme les mammifères

 


 

2 Stenopterygius quadrisicus avec impression de la peau dans les schistes de Holzmaden et l'autre montrant un jeune expulsé de la mère, probablement post-mortem.


On sait très peu de chose sur l’origine de ce groupe, car les premiers spécimens triassiques que sont Grippia et Utatsaurus montrent déjà nombreux caractères évolués et ont la morphologie typique des ichthyosaures sauf qu’ils sont dépourvus de nageoire caudale et ressemblent plus à des serpents à pattes nageurs qu’à des dauphins. Longtemps placés dans un groupe à part, les euryapsides, les derniers papiers décrivent les ichthyoptérygiens comme des diapsides fortement modifiés car les fosses temporales inférieures sont absentes ou plutôt disparues chez ce groupe (Motani, 2005). Les ichthyosaures sont aussi très particuliers dans la morphologie de leurs vertèbres. Celles-ci sont cylindriques et plates, en formes de jetons biconvexes.

Le Trias est l’époque de disparité maximale des ichthyosaures. Leurs formes sont très diverses, des petits grippia durophages aux léviathans de 15m que sont les shonisaurus.

Dès le Trias terminal, la morphologie des ichthyosaures est fixée, et ce jusqu’à leur extinction, au tout début du Crétacé supérieur à la limite Cénomanien-Turonien (Bardet, 1992 ; Motani, 2005). Ce sont les parvipelvia qui survivent à la fin du Norien et qui donneront donc tout le reste de la lignée des ichthyosaures. Les parvipelvia sont les ichthyosaures à morphologie de « dauphin » ou de « poisson » selon les auteurs. Ce sont les ichthyosaures avec nageoires dorsale et caudale homocerque bien développée et dont la ceinture pelvienne est réduite (Maisch & Matzke, 2000 ; Motani, 2005). Le Jurassique marque la période de diversité maximale des ichthyosaures. Les espèces sont nombreuses et entre les carnassiers géants de 11m comme Temnodontosaurus platyodon ou les rapides ichthyosaurus breviceps de 1m, les ichthyosaures sont les principaux prédateurs des océans du globe.

La crise Jurassique-Crétacé diminue fortement la diversité des ichthyosaures, réduite aux 2 genres Platypterygius et Brachypterygius. Leur corps est très profilé et les nageoires sont larges, très polydactyles (jusqu’à 10 « doigts »par nageoire scapulaire). Ils sont de taille moyenne et rapide.




Morphologies et écologie des ichthyosaures du Trias-Jurassique


Vous l’aurez deviné, mon boulot pour les 15 prochains mois sera d’étudier les différents ichthyosaures de la région de Digne les bains. Aucun des spécimens du parc n’a été bien étudié pour le moment et les papiers sur des ichthyosaures dans le sud de la France sont….inexistants pour ainsi dire. Il faudra donc dans un premier temps identifier toute les spécimens présents, qui s’étalent du Trias sup au Crétacé moyen et dans une 2e temps, comparer les faunes avec les autres gisements connus à ichthyosaures que sont par exemple le Boulonnais, le sud de l’Angleterre, le Luxembourg et Holzmanden en Allemagne. Je pourrais alors tirer des infos sur l’évolution des zones biogéographiques de nos amis les ichthyosaures, en fonction des changements eustatiques et tectoniques durant le Mésozoïque.

Au boulot !


Eurhinosaurus longirostris de Holzmaden au Musée d'Histoire Naturelle de Paris.


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